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Huit visiteurs, une heure, sept mètres : au Rwanda, les règles autour des gorilles de montagne visent surtout le calme et la santé. Elles ont aidé une population qui augmente de nouveau.
À sept heures du matin, à Kinigi, devant le quartier général du parc national des Volcans, les visiteurs du jour se rassemblent. Ils sont répartis entre les familles de gorilles en fonction de leur condition physique, et on leur explique les règles de la visite.
La suite ressemble peu à un safari. Vous ne roulez pas jusqu'à ce qu'un animal apparaisse. Vous marchez avec un guide et des pisteurs vers une seule famille, et vous y restez une heure. Tout un ensemble de règles encadre cette heure, et chacune a sa raison. Quand on connaît ces raisons, la matinée en forêt prend un autre sens.
Les gorilles que vous rencontrez sont habitués à la présence humaine. On parle d'habituation : un groupe sauvage apprend à considérer un observateur humain comme un élément neutre de son environnement. Selon les lignes directrices sur le tourisme des grands singes publiées par l'UICN en 2010, des groupes de gorilles de montagne ont parfois été habitués en un an. En moyenne, il faut deux ans de contacts patients et répétés.
Visit Rwanda recense dans le parc des Volcans douze familles entièrement habituées et ouvertes aux visiteurs, et quelques autres habituées uniquement pour la recherche scientifique. Une famille compte au moins un dos argenté, avec plusieurs femelles et des jeunes. Sa composition évolue, mais chaque groupe reste en général dans un secteur préféré, et les rangers suivent les familles de près.
Ce suivi explique aussi pourquoi les petits reçoivent un nom. Depuis 2005, le Rwanda organise chaque année Kwita Izina. Visit Rwanda écrit que la cérémonie s'inspire d'une coutume vieille de plusieurs siècles, par laquelle les Rwandais donnent un nom à leurs enfants en présence de la famille et des amis. Un nom permet de mieux suivre chaque animal et chaque groupe. En septembre 2026, 22 bébés gorilles ont été nommés, ce qui porte le total à 460 selon le Rwanda Development Board.
Chaque famille reçoit au plus huit visiteurs par jour, pendant une heure au maximum. Avec douze familles, cela fait 96 permis par jour pour tout le pays. Les moins de quinze ans ne peuvent pas participer.
Ces chiffres n'ont rien d'arbitraire. Les lignes directrices de l'UICN expliquent que chaque personne supplémentaire auprès d'un groupe de grands singes augmente deux choses : le dérangement et le risque de maladie. Dans une forêt dense, un bruit soudain ou un geste brusque peut effrayer les animaux, et plus il y a de monde, plus il devient difficile de ne pas encercler le groupe. Pour les nouveaux sites, l'UICN recommande quatre visiteurs au maximum. Les parcs à gorilles de montagne en accueillent davantage, et le Mountain Gorilla Veterinary Project, qui assure le suivi vétérinaire des animaux, propose six visiteurs au lieu de huit comme norme plus exigeante.
L'heure obéit à la même logique. Le dérangement se limite à un moment court et fixe, et le reste de la journée, la famille mange, se repose et se déplace sans public. Une heure, cela paraît court. Sur place, ça l'est, et c'est voulu.
Les grands singes peuvent contracter des maladies humaines, parce que nous sommes très proches sur le plan de l'évolution. L'UICN cite des recherches qui prouvent de manière convaincante la transmission de virus de l'homme aux grands singes sauvages, et souligne qu'ils sont particulièrement vulnérables aux maladies qu'ils n'ont jamais rencontrées. Le stress de l'habituation peut aussi les fragiliser. Chez les gorilles de montagne, les affections respiratoires représentent environ un quart des décès étudiés, la deuxième cause après les traumatismes. C'est ce qu'écrit Emerging Infectious Diseases, la revue du service de santé publique américain, dans une étude qui montre aussi à quel point le lien avec l'homme est direct : lors d'épidémies survenues entre juin 2012 et février 2013, le HRSV-A, un virus humain qui circule partout dans le monde, a été retrouvé dans douze des vingt échantillons de gorilles malades, et dans aucun échantillon d'animal sans symptômes. Un rhume qui vous laisse tranquille au bout d'une semaine pèse lourd dans une petite population.
Les règles auprès des gorilles sont donc avant tout des règles sanitaires. Les consignes établies en 2009 par le Mountain Gorilla Veterinary Project, comme un minimum pour le Rwanda, l'Ouganda et la République démocratique du Congo, demandent de rester à sept mètres, de ne pas manger ni boire près des animaux, et de laisser sacs, bâtons et nourriture à au moins cent mètres. Vous parlez à voix basse et photographiez sans flash. Si vous ne vous sentez pas bien, si vous avez la diarrhée ou mal à la gorge, vous le signalez au guide, car une personne qui présente des signes d'infection ne doit pas approcher les gorilles.
Cette dernière règle est la plus difficile, parce qu'elle dépend entièrement de vous. Vous seul savez si vous vous êtes réveillé avec de la fièvre ou la gorge qui gratte. C'est aussi la règle qui protège le mieux les animaux.
Au début des années 1980, le massif des Virunga, la chaîne de volcans que le Rwanda partage avec l'Ouganda et la République démocratique du Congo, abritait environ 250 gorilles de montagne. Selon le Rwanda Development Board, ils sont aujourd'hui plus de 600. Avec la seconde population, celle de Bwindi en Ouganda, où le recensement de 2018 a donné 459 gorilles répartis en 36 groupes plus seize solitaires, selon l'International Gorilla Conservation Programme, on arrive à plus de 1 060 gorilles de montagne. En 2018, l'UICN a fait passer la sous-espèce de « en danger critique » à « en danger », en raison de la hausse des effectifs.
Le RDB présente le gorille de montagne comme le seul grand singe dont la population continue de croître, et l'attribue à des décennies de collaboration entre gouvernements, organisations de protection, chercheurs, vétérinaires, rangers et communautés. Le tourisme y contribue : dix pour cent des recettes touristiques des parcs nationaux reviennent aux communautés voisines des aires protégées, notamment pour des écoles, des centres de santé et des routes. Un fonds indemnise les agriculteurs quand des gorilles abîment leurs cultures, et les métiers de ranger, pisteur, porteur ou chauffeur font vivre des habitants de la région.
La protection est plus ancienne que le tourisme. Le 24 septembre 1967, Dian Fossey planta deux tentes dans les Virunga et y fonda le Karisoke Research Center ; elle en composa le nom à partir des deux montagnes qui l'encadrent, le Karisimbi et le Bisoke. Le Dian Fossey Gorilla Fund, qui y travaille toujours, y voit l'une des plus longues études de terrain jamais menées sur une espèce animale.
Selon Visit Rwanda, la marche jusqu'à une famille prend d'une demi-heure à quatre heures ou plus, entre 2 500 et 4 000 mètres d'altitude. Personne ne sait à l'avance combien de temps il faudra, car les gorilles se déplacent. Des porteurs prennent en charge sac et appareil photo, et donnent un coup de main dans les passages raides. De bonnes chaussures, des guêtres et des gants sont utiles au milieu des orties.
Avec seulement 96 places par jour, le permis s'organise longtemps à l'avance. Pensez aussi à la manière dont vous voulez vivre cette heure. Un appareil photo en permanence devant les yeux met la famille à distance. Notre conseil est simple : rangez-le un moment et regardez.
Les règles peuvent sembler contraignantes. Elles sont pourtant la raison pour laquelle les Virunga comptent aujourd'hui plus de deux fois plus de gorilles qu'au début des années 1980.
Une heure. Chaque famille habituée du parc des Volcans reçoit au maximum une heure de visite par jour, d'un groupe de huit personnes au plus. La marche aller et retour s'y ajoute.
Quinze ans. Les enfants plus jeunes ne peuvent pas participer. L'UICN avance surtout une raison sanitaire : les enfants sont plus souvent porteurs de maladies infantiles courantes, même vaccinés, et représentent donc un risque plus grand pour les gorilles.
Vous le signalez à votre guide. Une personne qui présente des signes d'infection, comme un mal de gorge ou une diarrhée, ne doit pas approcher les gorilles, car ils peuvent contracter les maladies respiratoires humaines. C'est dur après une longue attente, mais c'est la règle qui protège le mieux les animaux.
Tout dépend de l'endroit où se trouve la famille ce matin-là. Cela peut prendre une demi-heure ou plus de quatre heures, entre 2 500 et 4 000 mètres. Votre condition physique est prise en compte pour former les groupes, et des porteurs vous aident avec vos affaires.
Plus de 1 060, selon le Rwanda Development Board en septembre 2026. Un peu plus de 600 vivent dans le massif des Virunga, les autres à Bwindi, en Ouganda. Au début des années 1980, les Virunga en comptaient environ 250.
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Mise à jour en octobre 2026